L'AMDEC d'une machine : la méthode, et le tableau rempli sur un cas réel
Ce qu'une AMDEC est, et ce qu'elle n'est pas
L'AMDEC répond à trois questions, dans l'ordre : comment ça peut défaillir, qu'est-ce que ça fait, et est-ce qu'on le verra venir. Elle produit une hiérarchie des défaillances à traiter, pas un jugement de conformité.
Elle ne remplace donc pas l'analyse de risque au sens de l'ISO 12100, qui porte sur les phénomènes dangereux pour les personnes et conditionne le marquage. Les deux se recoupent — un mode de défaillance peut être un phénomène dangereux — mais elles ne répondent pas à la même question et ne s'écrivent pas au même moment. Confondre les deux fait généralement perdre les deux.
Trois familles cohabitent aussi sous le même sigle : l'AMDEC produit, qui porte sur l'équipement en service — c'est celle déroulée ici ; l'AMDEC processus, sur les étapes de fabrication ; l'AMDEC moyen, sur l'outil de production lui-même. Même méthode, objets différents.
Elle se déduit de l'analyse fonctionnelle
C'est le point qui change tout, et c'est celui qu'on saute le plus souvent. Partir des composants produit une liste de pannes imaginées, forcément incomplète et biaisée vers ce que l'équipe connaît déjà. Partir des fonctions garantit la couverture : si une fonction a été identifiée comme nécessaire, sa défaillance a par construction un effet.
La conséquence pratique est brutale : une AMDEC faite sans analyse fonctionnelle préalable est une AMDEC dont on ne peut pas dire si elle est complète. Elle listera peut-être vingt modes ; rien ne dira lesquels manquent.
L'exemple ci-dessous part donc des six fonctions établies dans le guide d'analyse fonctionnelle — deux fonctions principales, quatre contraintes. Un mode par fonction, ce qui est un minimum : en séance, chaque fonction en produit souvent deux ou trois.
Les trois notes, et le piège de la troisième
Chaque mode reçoit trois notes de 1 à 10. Les grilles ci-dessous sont d'usage courant ; ce qui compte n'est pas leur libellé exact mais qu'elles soient fixées avant la première séance et identiques pour tout le monde.
1 signifie « on la voit à coup sûr », 10 « on ne la voit pas venir ». C'est la seule échelle contre-intuitive des trois, et l'inverser retourne le classement entier : le tableau devient exactement faux là où il devrait alerter. Si une seule chose doit être répétée en ouverture de séance, c'est celle-là.
La criticité, ou indice de priorité de risque, est leur produit : IPR = G × O × D, entre 1 et 1 000. Elle hiérarchise — elle ne décide pas.
Calculer une criticité
Le tableau rempli, sur les six fonctions de l'AGV
Les modes, causes, effets et cotations ci-dessous sont écrits pour cette page : le dossier publié porte des risques de projet — délais fournisseurs, tolérances de pose — et non des modes de défaillance en service. Les fonctions, elles, sont bien celles du dossier réel.
Le tableau est classé comme il doit l'être : gravité critique d'abord, criticité ensuite. Regardez l'ordre — il n'est pas décroissant en IPR, et c'est tout l'objet de la section suivante.
| Fonction | Mode de défaillance | Cause | Effet | Détection actuelle | G | O | D | IPR | Verdict |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| FP1 — saisir et transporter la palette en sécurité | Perte de la charge en transport | Fourches non verrouillées en position haute | Palette au sol, risque d'écrasement d'un opérateur | Capteur de position de fourche, contrôlé au départ de mission | 10 | 2 | 3 | 60 | Action obligatoire |
| FC1 — garantir la sécurité du personnel à proximité | Non-détection d'un piéton dans la zone d'arrêt | Optique du scanner encrassée en environnement poussiéreux | Collision avec un opérateur | Autotest permanent du scanner de catégorie 3 | 10 | 3 | 2 | 60 | Action obligatoire |
| FC2 — assurer l'autonomie énergétique sur 12 h | Autonomie insuffisante en fin de vie de la batterie | Vieillissement, capacité descendue sous 80 % de la valeur initiale | Interruption de service en fin de poste, robot immobilisé en allée | Aucune mesure d'état de santé, seulement l'état de charge instantané | 6 | 7 | 8 | 336 | Action |
| FC3 — s'adapter aux irrégularités du sol | Patinage des roues motrices | Sol souillé — huile, film plastique, humidité | Distance d'arrêt allongée au-delà de la valeur de sécurité | Écart entre odométrie et localisation LiDAR | 8 | 4 | 5 | 160 | Action |
| FP2 — naviguer de façon autonome dans les allées | Perte de localisation | Environnement modifié — racks déplacés, allée encombrée | Arrêt du robot en allée, blocage du flux logistique | Le superviseur signale la perte dans les secondes | 5 | 6 | 2 | 60 | Surveillance |
| FC4 — communiquer statut et position en temps réel | Perte de la liaison sans fil | Zone d'ombre radio dans une allée de stockage dense | Mission non suivie, robot en mode dégradé | Expiration du délai côté superviseur | 4 | 6 | 2 | 48 | Surveillance |
Les 2 premières lignes ont les criticités les plus faibles du tableau — 60 et 60 — et ce sont les seules qui appellent une action obligatoire. Leur gravité est de 10 : perte de charge sur un opérateur, collision avec un piéton. Elles sont rares et bien détectées, donc leur IPR est modeste.
Trié par criticité décroissante, ce tableau aurait mis en tête « autonomie insuffisante en fin de vie de la batterie » à 336 — une interruption de service, gênante mais sans danger — et enterré les deux modes mortels en bas de page.
C'est l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse de la méthode. Elle ne se voit pas : le tableau est rempli, les notes sont justes, le calcul est bon. Seul l'ordre est faux.
Second enseignement, sur la ligne à 336 : sa détection est cotée 8 — aucune mesure d'état de santé de la batterie, seulement l'état de charge instantané. C'est là que le levier est le moins cher. Ajouter un suivi de vieillissement ramène la détection à 2 ou 3 et divise la criticité par trois, sans toucher ni à la conception ni à la fréquence de la panne.
Les cinq erreurs qui rendent une AMDEC inutile
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